Lu au site : Alerte Google – sécheresse
http://www.liberation.fr/actualite/monde/321895.FR.php
Patrice Burger est animateur de la plateforme française des acteurs de la lutte contre la désertification.
Est-ce qu’en 1968, l’opinion publique prend déjà conscience de l’importance des dérèglements climatiques ?
A l’époque, on ne faisait pas encore le lien entre la sécheresse et les questions climatiques globales dont on parle aujourd’hui. Les images de la famine de 1973 sont la première irruption à la table de Monsieur Tout-le-Monde de quelque chose qu’on n’a pas l’habitude de voir. Mais on mélangeait sécheresse et désertification, et on découvrait en même temps la pauvreté. Tout cela semblait lointain. C’était l’affaire des Africains, des pauvres… Le véritable choc arrivera plutôt avec la sécheresse au Sahel de 1984, qui fera 300 000 morts.
Et les pouvoirs publics ?
Les décideurs ont, dans les années 70, commencé à prendre conscience du lien entre les dérèglements climatiques et l’activité humaine, la croissance démographique, les systèmes agricoles… C’est une remise en cause totale : opinion publique et institutions sont longtemps restées sur le mythe d’un écosystème statique ; sur le modèle du Nord, le monde entier allait progressivement se développer dans un environnement naturel qui resterait le même. On ne prenait pas en compte les rétroactions de l’activité humaine. En 1972, cette vision est battue en brèche par le rapport du Club de Rome, baptisé Halte à la croissance ?, qui provoque beaucoup de controverses. Puis en 1977 a lieu la première conférence des Nations unies sur la désertification, à Nairobi au Kenya. Le processus institutionnel est lancé, qui mènera au Sommet de la Terre, à Rio de Janeiro en 1992. Il n’empêche qu’à l’ONU, la lutte contre la désertification ne sera pas dotée des mêmes moyens que ceux qu’on octroie au réchauffement climatique et à la biodiversité.
Le fait qu’aujourd’hui, même des pays riches soient victimes de la désertification va-t-il changer quelque chose ?
A Madrid, en septembre, l’Espagne a ouvert la Conférence internationale pour la lutte contre la désertification, en affirmant qu’un tiers de son territoire était touché !
(continue)