Publié par : Willem Van Cotthem | août 24, 2007

L’eau et la lutte contre la désertification au Sahel (Alerte Google / Temoust)

Lu au site :

Alerte Google – désertification

Temoust

http://www.temoust.org/spip.php?article3018

Kindo Harouna, CILSS-IEPF – mediaterre – 20/08/2007

L’eau, un enjeu pour la lutte contre la désertification au Sahel

mardi 21 août 2007, par temoust

Du point de vue éco géographique, la zone sahélienne typique (Sahel comme marge du désert) correspond au domaine climatique où les précipitations annuelles moyennes varient de 300 à 750 mm. Les conditions climatiques sont de tout temps marquées non seulement par la faiblesse de la pluviométrie, sa concentration sur une courte période de l’année, mais aussi la variabilité spatiale, annuelle et inter-annuelle de la distribution de la pluie. A cela se sont ajoutés depuis le début des années 1970, des dérèglements chroniques et de grande ampleur du climat, et donc du régime des pluies, se traduisant notamment par des séries de sécheresse ponctuées par des épisodes de famine et de pénuries d’eau de boisson.

Dans un tel contexte du Sahel, les ambitions de lutte contre la pauvreté et de développement de la région, c’est-à-dire de croissance économique forte et soutenue sur une longue période, se trouvent reléguées au second plan par les préoccupations de survie. Malgré les efforts déployés par le CILSS avec le soutient combien estimable de ses Etats membres et de ses partenaires techniques et financiers classiques, les niveaux d’investissement dans le domaine de l’eau (maîtrise et gestion) demeurent en deçà des résultats escomptés tant il est vrai que nos économies demeurent fortement tributaires de l’eau.

Les réponses jusqu’ici apportées au défi du développement du Sahel ont eu des succès mitigés. La vulnérabilité du Sahel à la variabilité et au changement climatique persiste. Le désert continue à avancer. L’insécurité alimentaire demeure. Une frange très importante de la population, surtout celle démunie des zones rurales et périurbaines, n’a toujours pas accès à l’eau potable et aux systèmes d’assainissement de façon durable.

Dans un tel contexte, un changement de paradigme s’impose dans la recherche de solutions aux problèmes de développement du Sahel. Changer de paradigme, c’est ne plus se contenter de tenter de résoudre le problème de la vulnérabilité du Sahel en s’attaquant aux symptômes (désertification, famine, difficultés d’accès à l’eau potable, exode rural), mais plutôt d’agir à la racine du mal : la non maîtrise de l’eau. La maîtrise de l’eau est la clé du problème sahélien parce que cette région souffre moins de disponibilité absolue de la ressource en eau que de sa mauvaise distribution dans le temps et dans l’espace, et de la grande imprévisibilité dans cette distribution.

S’il est vrai que la pluviométrie sahélienne est faible comparée aux basses latitudes de l’Afrique, cette faiblesse est largement compensée du point de vue quantitatif par les importantes quantités d’eau que charrient annuellement les grands fleuves de la région et par les énormes quantités d’eau stockées dans les nappes souterraines. Sur les 9 pays membres du CILSS, seul le Cap Vert se situe en deçà du seuil de pénurie d’eau, c’est-à-dire au dessous de 1000 m3 d’eau renouvelable par an et par personne et en dessous du seuil de stresse qui est de 1700 m3 d’eau par an par personne.

Malgré donc ces disponibilités très importantes en eau, le Sahel reste fortement dépendant des aléas de la pluviométrie annuelle. L’essentiel de la population continue à vivre de l’agriculture pluviale qui occupe 78% de la main d’oeuvre des pays du CILSS contre 61% pour les pays ouest-africains non-membres du CILSS. Le secteur agricole contribue pour 31% dans la formation du PIB des pays du CILSS. Le problème fondamental du Sahel découle du fait que près de 80% de sa force de travail (en l’occurrence sa main d’ouvre rurale) n’est occupée que 3 mois sur 12 et reste au chômage (déguisé ou non) pendant le reste de l’année. Et il est difficile d’envisager le développement dans un tel contexte.

Les expériences sahéliennes de maîtrise de l’eau

Il existe dans le Sahel des options de maîtrise de l’eau, dont certaines ont été mises en ouvre, à des échelles relativement réduites par le CILSS, ses Etats membres ou par des structures telles que les organisations de bassins. Par exemple, la technique des petites retenues d’eau ou bassins de rétention est répandue dans des pays tels que le Burkina Faso où on en dénombre plus de 1500, alors que la technique des pluies provoquées en est encore à l’étape expérimentale, notamment au Burkina et plus récemment au Sénégal. Les eaux souterraines ont été sollicitées de façon substantielle (avec des milliers de puits et de forages réalisés) pour constituer un recours pour répondre aux besoins en eau du Sahel, notamment depuis le début des années 1970 où la région s’est installée dans une période de déficits chroniques. En réaction à ces vagues de sécheresse des années 70 et 80, les Etats de la région sahélienne ont depuis lors placé l’approvisionnement en eau potable des populations rurales comme une de leurs priorités politiques. Dans cette dynamique le CILSS a initié des approches novatrices en matière d’approvisionnement en eau potable et d’assainissement en milieu rural par l’utilisation de la technologie solaire photovoltaïque appliquée au pompage d’eau souterraine à travers le Programme Régional Solaire (PRS) ; les résultats sont de nos jours forts probants.

Les 9 pays du Sahel ne comptent au total que 20 grands barrages sur les 110 recensés dans l’ensemble des 16 pays de l’Afrique de l’Ouest. Dans cet espace CILSS ce sont moins de 3% des terres arables qui sont irriguées. Ainsi malgré leur niveau élevé de vulnérabilité aux aléas climatiques et donc à la précarité de la disponibilité de l’eau, les pays du CILSS ont insuffisamment investi dans la maîtrise de l’eau et les interventions réalisées ici et là ne sont pas inscrites dans le cadre d’une démarche régionale, volontariste et cohérente

Avec pour souci de donner plus de cohérence et de direction à une démarche ancienne mais jusqu’ici relativement diffuse dans le domaine de la gestion de l’eau, le CILSS compte s’engager plus fermement dans la maîtrise de l’eau en vue d’en faire un des axes principaux de sa stratégie future. Dans le cadre de cette démarche régionale , le CILSS vient de formuler deux initiatives majeures : (a) un Programme Régional d’Appui au développement de la Petite Irrigation au Sahel (PRADPIS) ; (b) un Programme Régional sur les pluies provoquées (APENS). Il entend par ailleurs poursuivre la promotion de la technologie solaire photovoltaïque avérée bien adaptée, d’une part, pour l’amélioration de l’accès à l’eau potable des populations des zones rurales et périurbaines démunies et, d’autre part, pour la protection de l’environnement (contre la pollution, les nuisances, les émissions de gaz à effets de serre.).


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