Un désert d’attention (Alerte Google / Cyberpresse / Le Soleil)

Lu au site :

Alerte Google – désertification

http://www.cyberpresse.ca/article/20070924/CPSOLEIL/70923085/6108/CPENVIRONNEMENT

Le lundi 24 septembre 2007

Un désert d’attention

Éric Moreault

Le Soleil

Québec

Tous les yeux seront tournés vers l’ONU aujourd’hui, où se déroule une importante rencontre sur les changements climatiques. Une façon commode de détourner le regard sur la désertification, un fléau qui affecte 200 millions de damnés de la Terre.

Les changements climatiques et la désertification sont pourtant les deux faces d’une même médaille. Trois Québécois ont travaillé au plan stratégique de 10 ans qui vient d’être adopté par 191 pays, mais qui ne peut être mis en œuvre, faute de financement.

Autopsie d’une crise

Les pays du tiers-monde tentent désespérément d’attirer l’attention de l’Occident sur cette calamité, dans l’indifférence presque générale. À titre d’exemple, pendant les négociations, du 4 au 14 septembre, les journaux québécois ont publié un article et un entrefilet sur la question contre 126 textes qui traitent, directement ou indirectement, des CC (changements climatiques).

La Convention de l’ONU contre la désertification (UNCCD) est née au Sommet de Rio, en 1992, en même temps que celles sur les CC et la biodiversité : elles sont inextricablement liées. Les CC accélèrent la dégradation des sols, et cette désertification rend impossibles l’agriculture et la croissance des arbres, des puits de carbone qui limitent les GES dans l’atmosphère.

Et la déforestation est la principale cause de désertification. Tout ça nuit évidemment à la biodiversité.

Un cercle vicieux qui témoigne aussi de la ligne de fracture entre le Nord et le Sud, entre les riches et les pauvres, entre les obèses et ceux qui crèvent de faim. « La pauvreté est à la fois une cause et un effet de la désertification », souligne Karel Mayrand, du Centre international Unisféra, qui a écrit un livre sur la question avec son collègue Marc Paquin et Pierre Marc Johnson (fait peu connu, l’ex-premier ministre québécois est un des pères fondateurs de la Convention). Faute de moyens, les paysans abandonnent les terres, livrées en pâture à la désertification. Cette convention est la plus politisée, constate M. Mayrand : le Sud a réclamé cette convention à Rio alors que les deux autres sont venues du Nord. Et elle ne profite pas d’un réseau comme le GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) pour renforcer la science et les connaissances sur la question.

Elle est aussi la plus critiquée pour son manque de transparence et de résultats.

Le marasme

Depuis 1994, année de l’adoption, les budgets ont fondu comme neige au soleil et entraîné l’UNCCD dans le marasme.

Les négociations sur le renouvellement de la Convention, à Madrid, ont d’ailleurs achoppé sur une augmentation de 5 % du budget par les 191 pays, tous d’accord sauf le Japon, officiellement, et les États-Unis, officieusement. Or, faute de financement, il y a de grosses chances que le plan stratégique ne soit pas appliqué. Triste ironie s’il en est une, ce plan préconisait la mise en place d’indicateurs pour mesurer le progrès de la lutte à la désertification et permettre d’améliorer les budgets.

Et puis ? Si on vous disait que la principale conséquence de la désertification est l’immigration, vous sentez-vous plus concernés ? Seriez-vous plus accommodants ? Après tout, le phénomène est en expansion (accélérée par les CC) et il menace à terme 2 milliards d’individus, soit le tiers de la planète, selon les experts de l’ONU.

Quelque 70 ONG (organisations non gouvernementales) présentes à la réunion ont critiqué dans une déclaration commune finale « la constante passivité » et « l’absence d’intervention » des pays signataires de l’UNCCD, et mis en avant la nécessité d’une « dynamique résolue et efficace ».

Une ronde de négos de la dernière chance se déroulera cette semaine en marge de l’assemblée générale de l’ONU.

Autrement dit, il s’agit d’un véritable bras de fer entre le Nord et le Sud, de la même nature que celui qui oppose les deux hémisphères sur les suites du Protocole de Kyoto. On vous le disait : la désertification et les changements climatiques sont les deux faces d’une même médaille, tant sur le plan écologique que politique.

C’est pourquoi ils doivent être affrontés ensemble, comme le soulignait Yvo de Boer, le secrétaire de direction de la convention sur les changements climatiques, la semaine dernière.

 

Publié par

Willem Van Cotthem

Honorary Professor of Botany, University of Ghent (Belgium). Scientific Consultant for Desertification and Sustainable Development.

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