Maroc : Développement durable et la forêt (Alerte Google / Jeunes du Maroc / Le Matin)

Lu au site : Alerte Google / désertification

http://www.jeunesdumaroc.com/breve6493.html

Développement durable : Les limites de la gestion concertée en forêt

La population est associée seulement à la phase d’exécution du projet

Pour remplacer l’approche techniciste de la gestion forestière qui a dominé durant les années 1980 et au début des années 1990, l’Etat a opté pour une approche participative. Mais celle-ci, telle qu’elle a été menée jusqu’à maintenant, est à revoir. Telle est la principale conclusion à laquelle sont arrivés les participants au séminaire sous le thème « La gestion concertée des ressources forestières » organisé dernièrement à l’Ecole nationale forestière des ingénieurs (ENFI) de Salé. Une rencontre placée sous l’égide du ministère de l’Agriculture et de la Pêche maritime, le Haut commissariat aux Eaux et Forêts et de la Lutte contre la Désertification, en partenariat avec l’ambassade de France à Rabat et l’Institut de recherche pour le développement (IRD). Tous les intervenants à cette réunion ont soulevé le manque de participation des populations locales à la genèse de tout projet. Selon eux, les habitants sont associés seulement à la phase de l’exécution. « Les demandes pour réaliser les projets n’émanent pas de la population, mais elles lui sont imposées par l’Etat et les ONG. Le montage se fait ailleurs et les habitants sont appelés à s’associer pour exécuter ce que les experts ont décidé à leur place. Cette population devient plutôt une cible qu’un partenaire. Une méthode qui est loin des principes de gouvernance », explique Mohamed Aït Hamza de l’Université Mohammed V à Rabat, qui ajoute que souvent, les acteurs ayant participé à la préparation du projet ne sont pas les mêmes que ceux qui suivent l’exécution du programme. D’autres difficultés ont été soulevées : l’ancienneté des textes régissant encore la forêt et le manque de pérennité des projets.

« La forêt continue d’être gérée par le dahir de 1917. Il faut penser à une nouvelle législation et inscrire les projets dans la durée. Nous avons constaté que le début de tout programme crée de l’espérance au sein des populations, mais dès que celui-ci se termine, ses responsables disparaissent. Par ailleurs, la multiplication des partenaires entraîne un gaspillage des efforts et un manque de représentativité », explique Mohamed Benzyane, chef du Centre de la recherche forestière. Des invités à ce séminaire ont appelé à réfléchir sur la légitimité des institutions locales en leur accordant un cadre légal. « Le cadre législatif marocain ne définit pas les compétences des Cellules de gestion des ressources naturelles (CGRN). Cette instance locale souffre, par ailleurs, d’un déséquilibre en faveur des institutions publiques. Il faut désormais penser à lui déléguer le pouvoir », estime Laurent Auclair de l’IRD.

Pour remédier aux problèmes de la gestion participative actuelle, des pistes ont été proposées telles que le retour à la pratique des « agdals ». Ce mode traditionnel d’appropriation des ressources naturelles, encore en vigueur dans la montagne marocaine et en particulier dans le Haut-Atlas, ne devra nullement être sacralisé, mais il doit s’adapter à la modernité, selon des spécialistes. Autres critiques soulevées : le manque de formation des ressources humaines en gestion concertée et l’absence de l’approche genre dans les programmes de développement. Quant à l’Etat, il doit mettre fin à cette politique de favoritisme de la plaine au détriment de la montagne par l’adoption d’une loi protégeant l’espace naturel. Il doit également sévir contre le lobby du bois responsable de la destruction d’une grande partie de notre forêt. A défaut d’un contrôle efficient de la force publique, la destruction des propriétés communes peut déboucher sur le libre accès aux ressources et sur un désastre écologique.

(continue)

www.lematin.ma

Publié par

Willem Van Cotthem

Honorary Professor of Botany, University of Ghent (Belgium). Scientific Consultant for Desertification and Sustainable Development.

Laisser un commentaire

Choisissez une méthode de connexion pour poster votre commentaire:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s