Le sprint du désert (Google / Libération)

Lu au site : Alerte Google – désertification

http://www.liberation.fr/transversales/grandsangles/309928.FR.php

Le sprint du désert
Pékin est confronté à l’assèchement catastrophique du pays, encore aggravé par les préparatifs des Jeux olympiques.
Envoyé spécial à Shacheng ABEL SÉGRÉTIN
photos SAMUEL BOLLENDORFF.
L’Œil public
QUOTIDIEN : jeudi 14 février 2008

Au fur et à mesure que Pékin se verdit en vue des Jeux olympiques, la désertification s’accélère dans les campagnes environnantes. Les premières dunes de sable sont désormais à moins de 80 kilomètres au nord de Pékin, au milieu de champs laissés à l’abandon faute d’eau. Ici, dans la province du Hebei, peuplée de 70 millions d’habitants, le phénomène n’est pas nouveau mais il s’accélère de façon irréversible. De nouvelles zones sont frappées, comme celle de Huailai, rebaptisée Shacheng, «la ville des sables», un surnom tellement courant qu’il apparaît depuis quelques années sur les panneaux de signalisation de l’autoroute. Debout sur une dune recouvrant ce qu’étaient ses champs, Xiu Yuhong, 27 ans, désigne le paysage. «C’est assez beau, vous voyez, mais on n’a plus assez d’eau pour les cultures.» Parti plusieurs années travailler en ville sur des chantiers de construction, comme nombre de jeunes agriculteurs des environs, il est revenu s’installer dans son village natal, il y a deux ans, avec ses économies. Mais les champs de sa famille, à l’instar de ceux de ses voisins, se sont volatilisés, tombant d’environ 200 à moins de 4 mu (1 mu = 1/15e d’hectare).

Parc d’attractions

Les terres à l’abandon ont été classées «incultes» par le gouvernement local, ce qui donne droit à des indemnités à hauteur d’un euro par mu et par an. Mais les paysans n’ont jamais vu la couleur de cet argent. «Tout reste bloqué au niveau municipal et, depuis l’attribution de ces aides, les dirigeants locaux se sont construit de belles maisons. Leur projet est d’attendre qu’il y ait encore plus de sable pour transformer ces terres en parc d’attractions.» L’idée n’est pas saugrenue : un tel parc existe à quelques kilomètres, dont les retombées profitent plus ou moins aux populations locales. Les terres ont été recouvertes, au fil des ans, par un joli sable fin venu du désert de Gobi. On y fait du cheval, du kart, et on y tourne même des films. Xiu aurait préféré continuer à cultiver des poires et des céréales, c’est impossible. Le comble c’est qu’une rivière borde ses champs. Mais elle approvisionne la capitale et son débit a chuté d’un tiers en cinq ans, les agriculteurs n’ont pas le droit d’y toucher – ou de façon très rationnée – lors des périodes de sécheresse, de plus en plus fréquentes. «Alors, on pompe l’eau du sous-sol. Mais les nappes phréatiques sont presque à sec. Autrefois, on pouvait pomper à 20 mètres sous terre. Là, se plaint-il, c’est à 300, 400 mètres qu’il faut creuser les puits.»

La rivière alimente le grand réservoir de Guanting, qui fournit Pékin en eau. En moins de cinq ans, le niveau de ce lac de retenue, créé sous Mao, a baissé de plus de moitié. Personne n’a plus aucun espoir qu’il se remplisse à nouveau, à en juger par les champs d’éoliennes installés il y a quelques mois au milieu des immenses zones asséchées. Le phénomène est national, et la pénurie d’eau s’élève officiellement à près de 40 milliards de mètres cubes par an. C’est l’effet de facteurs croisés : le réchauffement climatique, le manque de pluies, mais aussi l’augmentation vertigineuse de la consommation d’eau des villes. Avec l’élévation du niveau de vie, les citadins consomment de plus en plus de viande, légumes et céréales, ce qui accroît le recours à l’irrigation agricole. La pollution massive et généralisée des cours d’eau et des nappes souterraines par les industries a aussi aggravé le phénomène.

«Forêt olympique»

Le désert qui occupe déjà près d’un tiers du pays, gagne des centaines de kilomètres carrés chaque année. «Il s’agit d’une catastrophe écologique majeure qui ne peut se résoudre que par des mesures drastiques», avertit l’expert Lester Brown, du Earth Policy Institute. La désertification est une des grandes préoccupations des autorités chinoises depuis longtemps. Les pertes économiques qu’elle engendre sont estimées à 5 milliards d’euros par an. Le ministère chinois des Ressources hydrauliques la décrit sans détour comme un «frein au développement économique et à l’harmonie sociale» du pays.

Des efforts considérables ont été entrepris, comme la réduction obligatoire des troupeaux de moutons dévorant la steppe, et surtout la création de la «Grande muraille verte» dans le nord et l’ouest du pays. Mais la plantation de 50 milliards d’arbres depuis trente ans, et, plus récemment, de végétaux adaptés au désert, donc moins gourmands en eau, ne suffit pas. Dans toute la Mongolie intérieure, et le long de la route menant de la «Ville des sables» à Pékin, on voit ces arbres chétifs alignés très serrés sur les flancs des collines, mais la plupart sont déjà morts. Ailleurs, dans la province du Hebei, il est courant de voir les gens du cru couper les arbres desséchés de la «Muraille verte» pour se chauffer en hiver. Ce n’est qu’une fois franchie la frontière de la municipalité de Pékin que les plantations sont mieux entretenues.

N’étaient les vents de sable mongols qui balaient Pékin à chaque printemps, le visiteur aurait du mal à réaliser que le désert avance si vite. La ville est très verte, d’autant que les JO approchent et qu’on a promis qu’ils seraient «environnementaux». A grands frais, les autorités ont aménagé des plate-bandes de gazon et de fleurs, des parcs publics et même une «forêt olympique» au nord du quatrième périphérique.
(continue)

Publié par

Willem Van Cotthem

Honorary Professor of Botany, University of Ghent (Belgium). Scientific Consultant for Desertification and Sustainable Development.

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