Lutte contre la sécheresse : un solution durable ? (Google / La Nation.dj)

Lu au site : Alerte Google – sécheresse

http://www.lanation.dj/news/2008/ln54/national7.htm

Lutte contre la sécheresse

Vers une solution plus durable ?

Moussa Omar Youssouf

A Daïmoli et à Ripta (Tadjourah), lassés de scruter le ciel  pour la pluie, les éleveurs se mobilisent. Ils se lancent massivement dans les activités agricoles. Contre toute attente, la transition se fait sans aucune difficulté et les résultats obtenus sont remarquables.

Partout dans le secteur rural, à mesure que la sécheresse perdure, la situation devient de plus en plus inquiétante. Les cheptels meurent par dizaines. Les éleveurs qui dépendent de leurs bétails connaissent des difficultés pour s’alimenter. La crainte de la famine  est omniprésente. Beaucoup d’entre eux ont déjà regagné les villes dans l’espoir de trouver l’assistance de l’Etat ou de leurs proches. Bien que ce problème soit d’actualité, le phénomène n’est pas nouveau. Nous assistons chaque année à ce fléau qui frappe de plein fouet le domaine rural. Quand la situation devient critique, le pouvoir public se mobilise et fait appel à l’aide nationale et internationale. Très souvent, la pluie mettait fin à cette crise. Cette année, les pluies d’Avril (Sougoum en afar) n’ont pas été au rendez-vous. Et si elles tardent encore, la situation risque de s’aggraver davantage.

Que faut-il faire ?  Il est évident que les dons alimentaires préconisés à chaque période de crise ne constituent nullement une solution durable au problème de sécheresse dont  la fréquence devrait, d’après les climatologues, s’accentuer dans les années à venir. D’autant qu’à l’heure actuelle où les prix des denrées alimentaires connaissent des flambées, le secours international connaîtra aussi des difficultés apparentes. Il est donc vital de mettre en œuvre, à l’échelle locale, des véritables stratégies d’adaptation à la sécheresse. Celles-ci devraient se focaliser dans un premier temps, sur le regroupement des nomades autour des points d’eau, la réduction du nombre de bétails et, progressivement l’apprentissage par les éleveurs d’un nouveau système de production associant l’agriculture et l’élevage (agro-élevage).

C’est dans cette optique qu’un « projet pilote d’adaptation à la sécheresse » a été initié à Daïmoli, dans le mont Mabla, localité située à 13 km de la ville de Tadjourah. Ce projet a commencé par la mise en place d’un périmètre agricole expérimental de  0,7 ha qui a servi pour l’expérimentation des différentes variétés fourragères introduites : la luzerne (Maticago sativa), le morunga (Morunga oleifera), le Rhodis guyana, le Panicum maximum et l’herbe du Soudan. De tous ces essais, seules la luzerne, le morunga et le Panicum maximum, ont donné de résultats prometteurs.

La luzerne, plus connue sous le nom alfa-alfa, semble très bien adaptée au contexte pédo-climatique local. Deux récoltes par mois avec un rendement de 2 à 3 kg/m² ont été obtenues. A fin de les inciter à la culture de ces variétés, des fourrages ont été distribués gratuitement aux quelques éleveurs locaux. La réponse ne s’est fait pas attendre. Persuadés de la qualité nutritionnelle de ces variétés pour leurs bétails, les éleveurs se sont mis volontiers à la pratique de l’agro-élevage. On compte à présent une dizaine d’éleveurs convertis aux à l’agro élevage et qui s’initient aux activités agricoles de base (pépinière, plantation d’arbres fourragers, système de fémur, etc.). Les premières tentatives de plantation ont abouti à la mise en place d’une pépinière de 150 plantules du laurier du Yémen et de morunga.

Pleinement satisfaite de résultats obtenus à Daïmoli, l’ONG ADIM qui oeuvre dans le domaine de développement local dans la région de Mabla, projette de mettre en œuvre à l’échelle locale, un véritable programme visant à regrouper les éleveurs et à multiplier les périmètres agricoles pilotes dans d’autres localités qui disposent d’importants potentiels hydro-agricoles notamment à Debné, Terdo et Galëlla.

De toute évidence, le cas de Daïmoli est un bon exemple de projet pilote réussi. Son succès est dû à l’adhésion de la population locale.

L’action a été communautaire et venait directement de la base. Que cela puisse paraître utopique ou non, le projet a démarré sans aucune assistance financière extérieure. La population s’est entièrement appropriée l’action parce qu’elle répondait directement à leur problème quotidien « l’alimentation du bétail dont dépend leur alimentation ». Aujourd’hui, ce sont eux qui bouturent, plantent et arrosent leurs parcelles. Leur conversion, des simples pasteurs d’hier aux véritables agriculteurs, semble donc chose faite  » Le besoin crée la fonction « . Reste à savoir si cette tendance perdurera après les premières gouttes de pluie. Seul l’avenir nous le dira mais les propos d’un des chefs coutumiers sont déjà concluants. Fini le temps, déclare t-il, où nous perdions notre temps à contempler le ciel et attendre passivement la pluie. S’il pleut, tant mieux, si non, nos bétails auront toujours de quoi se nourrir. De toute façon, même en période de pluie, la terre donne beaucoup moins que ce qu’elle donnait il y a 10 à 20 ans et les pâturages de pluie sont très éphémères. Pour nous, cette conversion est donc plus que vitale.

(continue)

Publié par

Willem Van Cotthem

Honorary Professor of Botany, University of Ghent (Belgium). Scientific Consultant for Desertification and Sustainable Development.