Algérie : Les éleveurs attendent des décisions courageuses de l’Etat (Google / La Tribune)

Lu au site : Alerte Google – sécheresse

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Confrontée à la sécheresse et à la cherté des aliments du bétail, la communauté pastorale de la steppe en colère
Les éleveurs attendent des décisions courageuses de l’Etat

De notre envoyé spécial à Djelfa, Laghouat et Tiaret
Ziad Abdelhadi

Les présidents de la Chambre d’agriculture, de l’Association des éleveurs et de l’Association de la steppe ainsi que d’autres grands éleveurs de la wilaya de Djelfa ont accepté de nous rencontrer au siège même de la chambre.  La réunion nous a permis d’en savoir un peu plus sur la tension prévalant dans le milieu des éleveurs, qui ne se sont pas fait prier pour exprimer leurs inquiétudes et crier leur désarroi. Ils nous révéleront en substance que ce n’est pas tant la sécheresse qui les inquiète qu’une somme de facteurs contraignants pesant lourdement sur leur profession.

Sécheresse et cherté des aliments, source d’inquiétude chez les éleveurs
«Vous vous rendez compte : la sécheresse, conjuguée à la cherté de l’orge, a plongé les petits éleveurs dans la précarité», a martelé Souissi Belalia, président de l’Associations des éleveurs de la steppe et non moins grand éleveur domicilié à Djelfa. Et de souligner : «La sécheresse n’est pas un phénomène nouveau. Certes, elle est plus prononcée cette année mais sa combinaison avec la cherté des aliments du bétail, notamment l’orge, a fini par décimer des troupeaux entiers faute de pouvoir leur donner de quoi manger.»

M. Belalia révélera aussi d’autres entraves qui ont rendu la situation des éleveurs des plus critiques et nous invitera à nous rendre sur le terrain pour en faire le constat.

A Medjara, la désolation s’affiche
En nous rendant dans cette région située à près de trente kilomètres au sud-ouest de la ville de Djelfa, il nous a été permis de réaliser combien la sécheresse a eu raison des nomades, éleveurs de moutons. Selon notre guide, lui-même grand éleveur, dans cette zone de la wilaya vivaient des dizaines de familles d’éleveurs connues pour leur savoir-faire. Aujourd’hui, il ne reste plus qu’une seule tente dont le propriétaire nous fera savoir que, l’année dernière, à la même époque, il possédait un troupeau de quatre cents têtes d’ovins et de quelques caprins. Aujourd’hui, il n’en compte plus qu’une cinquantaine. Une perte sèche et significative induite par la sécheresse et la cherté des aliments d’appoint comme l’orge. «J’ai commencé à vendre des moutons pour pouvoir acheter de l’orge. Les faibles quantités achetées ne suffisaient que pour quelques jours. Il fallait donc renouveler sans cesse cette pratique tout en accusant des morts au fil des jours. Aujourd’hui, je me retrouve avec un effectif très réduit.» Et de nous signaler avec beaucoup d’amertume : «J’assiste, sans pouvoir leur venir en aide, à l’agonie de mes bêtes.» Il tend le doigt pour nous montrer un cadavre et deux brebis allongées à même le sol, attendant de rendre l’âme.

Irresponsabilité des APC et diktat des spéculateurs
Parmi les entraves qui ont rendu la situation des éleveurs des plus critiques, on peut citer le fait «de voir des zones de pâturage cédées par certaines APC à des personnes étrangères à la profession». Selon des éleveurs, les autorités louent les parcours de pacage à raison de 1 000 DA l’hectare. Les spéculateurs en font à leur guise et les sous-louent de leur côté à plus de 12 000 DA/ha et parfois jusqu’à 18 000 DA. Cet intervenant s’est aussi prononcé sur la décision prise par le conseil interministériel d’interdire l’importation de viande ovine jusqu’au 28 août prochain, ne trouvant dans cette mesure aucun impact positif car «elle intervient à une période où les gros acheteurs, les universités, les bases de vie des entreprises, etc. sont pour la plupart en vacances». Gacem Ahmed, président des éleveurs de la wilaya de Djelfa dira, pour sa part, que «notre patrimoine ovin est exposé à un grave danger ; je ne comprends pas pourquoi notre activité n’est pas soutenue par l’Etat. Pour preuve, on enregistre ici et là des dizaines de morts, notamment chez les brebis». D’après M. Gacem, «les pertes sont considérables. Des troupeaux de certains éleveurs se sont retrouvés en moins d’un an très réduits en nombre. Des éleveurs se trouvant dans l’incapacité financière d’effectuer des transhumances sur de longues distances à la recherche de végétation ont assisté très douloureusement à l’agonie de centaines de leurs brebis. On peut le comprendre : celles-ci représentent leur capital de survie». «L’abandon de la profession est des plus évidents dès lors que les éleveurs n’ont bénéficié d’aucune aide comparativement à d’autres activités en rapport avec l’agriculture», ajoute-t-il. Abdelkader Djaghdah, de l’Association des éleveurs de la steppe, soutient, pour sa part : «Si on ne prend pas le taureau par les cornes au plus tôt, il faudra s’attendre à des retombées catastrophiques dans la région. Elles vont se traduire par un important exode rural, un chômage en nette hausse et d’autres problèmes sociaux.» «On nous reproche de ne pas vouloir nous organiser alors que c’est tout le contraire. Nous avons entrepris de nombreuses initiatives. Mais cela reste très insuffisant. C’est pourquoi, devant la gravité de la situation, nous demandons au gouvernement d’intervenir au plus vite. Notre environnement professionnel et naturel est de plus en plus hostile. Il s’agit donc aujourd’hui de sauver notre cheptel ovin, un patrimoine national à préserver à tout prix», déclare l’éleveur.

Les minotiers spéculent
Ghediri Mohamed, président de la Chambre d’agriculture de la wilaya de Djelfa, s’est aussi prononcé sur le sujet et a dénoncé les patrons de minoteries qui, selon lui, ne jouent pas le jeu. «Ils achètent du blé tendre et dur à des prix subventionnés par l’Etat mais revendent le résidu de leur production de farine et de semoule, à savoir le son, à des prix exorbitants», affirmera-t-il. «On ne trouve plus d’orge à vendre aussi bien au niveau de l’OAIC que chez les CCLS de la région. Et quand bien même on en découvrirait dans le circuit informel, rares sont les éleveurs qui pourraient s’en procurer du fait des prix affichés : 3 500 à 4 000 DA le quintal pour une ration quotidienne moyenne de trois kilogrammes par tête», révèle ce responsable. Il rappellera que «jusqu’à présent 60 700 quintaux d’orge ont été distribués par l’OAIC aux éleveurs de notre wilaya pour un cheptel de 3 000 000 d’ovins, ce qui est nettement insuffisant». Toutefois, le chef des services vétérinaires relevant de la DSA de Djelfa contredit cette interprétation (lire l’intervention du responsable de la santé animale de la région). Le premier responsable de la chambre est aussi revenu sur les cas des APC ayant cédé des parcours pastoraux préservés à de faux éleveurs, citant en exemple la contrée de Chaabounia où plusieurs cas ont été révélés au grand jour sans pour autant que cette dérive cesse. «C’est pourquoi nous demandons aux autorités locales d’intervenir pour le salut de ces espaces mis en défens et pour l’intérêt des vrais éleveurs», conclut-il.
Selon le président de la chambre, cela a été rendu nécessaire pour la sauvegarde du cheptel et quand bien même la rotation permettrait aux espaces mis en défens de régénérer une couverture végétale n’étant pas arrivée à terme.

Des périmètres mis en défens réservés au pacage ouverts avant terme
Une initiative incontournable, a expliqué M. Ghediri, tant les troupeaux sont en manque de pâturages et pour «éviter de trop grands trajets de transhumance qui affecteraient les animaux dans leur poids». Les moins lotis des éleveurs excluent l’idée de se déplacer avec armes et bagages faute de pouvoir payer la location d’un camion pour aller faire paître leurs troupeaux sur des sols moins avares en couverture végétale. On apprendra également, lors de notre rencontre avec les représentants des éleveurs de la wilaya de Djelfa, que certains d’entre eux se sont déplacés sur des centaines de kilomètres, parcourant jusqu’à 3 000 km durant les cinq premiers mois de l’année en cours, toujours à la recherche de sols plus cléments. «Des déplacements qui coûtent très cher notamment quand on habite Djelfa et que le gros de notre troupeau se trouve dans les régions de Naama, El Bayadh ou, plus au sud, vers Béchar, non sans parler des honoraires des bergers : 25 000 DA par mois», insistent nos interlocuteurs.
On apprendra de ces grands transhumants que nombre de points d’eau ne sont pas fonctionnels, ce qui occasionne des frais supplémentaires. Non sans citer les cas où il faut faire de grands détours du fait de labourage illicite sur des terres de parcours.

Les éleveurs attendent des solutions d’urgence
(continue)

Z. A

Publié par

Willem Van Cotthem

Honorary Professor of Botany, University of Ghent (Belgium). Scientific Consultant for Desertification and Sustainable Development.