Algèrie : dégradation des pistacheraies (Google / La Tribune)

Lu au site : Alerte Google – désertification

http://www.latribune-online.com/suplements/reportage/661.html

Une étude réalisée en 1980

Les pistacheraies algériennes : état actuel et dégradation

Par S. Belhadj

Pistacia atlantica est très répandue dans le Sud algérien (régions semi-arides et arides). Elle peut y être cultivée et supporter les vents forts et les longues périodes de sécheresse. Les principaux facteurs qui contribuent à sa dégradation sont l’exploitation forestière, les incendies de forêt et l’action des animaux. Les semences sont appelées El Khodiri par la population locale et sont utilisées à des fins culinaires et médicinales. En Algérie, Pistacia atlantica est trouvée en association avec Ziziphus lotus qui protège ces nouveaux plants contre les animaux et les vents violents. Les pistachiers sont cultivés dans les dayas, ils peuvent atteindre 15 m de hauteur et 5 m de diamètre. Dans les régions arides, nous pouvons trouver des peuplements plus grands avec des arbres sains.

Le pistachier de l’Atlas (Pistacia atlantica Desf.) ; elbetoum, botma, betouma ou btouma en arabe local et iggh en berbère, est un bel arbre, il existe à l’état disséminé dans la région de Djelfa (Senalba, Aïn Oussera, Messaad), Laghouat (partie sud) et Ghardaïa (dans l’oued M’zab) (Monjauze, 1980 ; Seigne, 1985). Les feuilles sont caduques et les fruits sont appelés El Khodiri par les populations locales, appellation due à la prédominance de la couleur vert foncé à maturité. Ce sont des drupes comestibles de la grosseur d’un pois, légèrement ovales et aplaties, riches en huile dense très énergétique. L’huile est souvent mélangée aux dattes écrasées et peut être consommée à toute heure de la journée avec du petit lait. L’huile a un goût très proche de celui du beurre, elle est très appréciée dans la région. Les graines sont séchées, écrasées ou moulues et ramassées avec de l’eau sucrée et consommées en boulettes ou bien séchées et croquées telles quelles comme des cacahuètes. L’écorce produit une résine-mastic qui exsude naturellement de façon abondante par temps chaud. Les populations locales s’en servent pour usage médical. L’arbre fournit un bois d’artisanat et toutes les espèces du pistachier constituent un apport en fourrage considérable pour l’alimentation du bétail surtout en automne. Cette essence peut entrer dans le cadre de la lutte contre la désertification, utilisée pour la fixation des dunes, comme brise-vent, elle est également source en bois de chauffage dans les régions retranchées. En Algérie, l’utilisation de la culture reste faible malgré son potentiel d’adaptation aux conditions arides du milieu. Les conditions climatiques de la plupart des régions agricoles montagneuses et semi-arides de notre pays sont favorables à son extension.

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Facteurs ayant contribué à la dégradation du pistachier de l’Atlas
En Algérie, si la régénération de l’espèce avait été protégée depuis longtemps, elle se serait traduite par la constitution de populations plus homogènes, plus nombreuses (Monjauze, 1980) et plus productives. Le déclin du pistachier est dû d’abord à des raisons économiques et à des budgets investis très limités dans la production, la régénération et l’entretien des pistacheraies naturelles des dayas. Parmi les facteurs ayant contribué à la dégradation des pistacheraies, on peut citer l’exploitation anarchique des pistachiers comme fourrage et bois de chauffage par les bergers et la population locale ; le pâturage empêchant la régénération naturelle et le développement des jeunes pousses ; le réseau routier qui traverse la plaine de Oussera (destruction de centaines d’individus) ; le mauvais état sanitaire des arbres (attaque par le puceron doré provoquant des cloques ou des gales au niveau des feuilles).

Conclusion
Dans les régions arides, on peut retrouver des populations plus importantes et dans un meilleur état sanitaire. Elles sont groupées au niveau des dayas (daya d’El Guelb, et daya de Gaou au sud de Djelfa) et les dayas de Ghardaïa. Une meilleure connaissance des problèmes et des facteurs du déclin de ces pistacheraies contribuerait à la protection de la biodiversité et à une meilleure régénération de cette espèce.

Publié par

Willem Van Cotthem

Honorary Professor of Botany, University of Ghent (Belgium). Scientific Consultant for Desertification and Sustainable Development.