Comment une ‘pincée d’engrais’ pourrait accroître les rendements agricoles en Afrique (Scidev.net / Willem)

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Comment une ‘pincée d’engrais’ pourrait accroître les rendements agricoles en Afrique

Christina Scott

Développée par des chercheurs africains, une technique de culture utilisant de petites doses d’engrais permet d’améliorer les rendements agricoles dans les sols dégradés.  Selon l’Institut international de Recherche sur les Cultures des Zones tropicales semi-arides (IRISAT), 25.000 familles paysannes du Burkina Faso, du Mali et du Niger ont constaté une amélioration substantielle des rendements de leurs cultures de sorgho, de maïs et de mil par un simple ajout d’une ‘pincées entre trois doigts’ (environ six grammes) seulement d’engrais au moment de l’ensemencement ou dans un délai de trois semaines après le semis.

Selon Ramadjita Tabo, Directeur-adjoint de l’ICRISAT pour l’Afrique de l’ouest et du centre, cette technique fait revivre les régions dont les sols sont dégradés et permet aux agriculteurs de reprendre en main leur destin dans les régions où les engrais sont trop chers ou rares.

Cette technique, baptisée le  ‘microdosage’, est le fruit de cinq années de recherche du pédologue André Bationo du Centre international pour la Fertilité du Sol (IFDC) et du Programme de l’ICRISAT sur les zones en marges du désert, en collaboration avec les chercheurs de l’Institut de Recherches agronomiques et le Projet Inputs de l’Organisation des Nations Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture (FAO) au Niger.

La technique et le type d’engrais varient en fonction du sol et du climat. Ainsi, sur les sols durs, les agriculteurs doivent creuser de petits trous qu’ils remplissent avec du compost avant le début des pluies. Ils appliquent ensuite l’engrais avant de semer lorsque les pluies commencent, ceci afin de créer un environnement humide optimal pour les cultures et de prévenir toute dispersion de l’engrais dans le sol dur.

Un petit nombre  de pastilles d’engrais hautement phosphatés a été distribué aux agriculteurs pour des études pilotes dans des exploitations au Mali, Sako Karamoko de la Coopérative européenne pour le Développement rural (EUCORD) et de Sandinan Boubacar de Saskawa Global 2000, un projet de recherche agricole financé par le Japon, apportant leur soutien dans le domaine du suivi.

Des efforts particuliers ont été déployés dans la mise en œuvre du projet. Jean-Baptiste Sibiry Taonda de l’Institut pour la recherche environnementale et agricole du Burkina Faso a été étroitement associé à la vulgarisation des résultats des travaux et de la recherche auprès des agriculteurs, avec l’aide des autorités chargées de la vulgarisation agricole.

Par ailleurs, l’ICRISAT et ses partenaires travaillent avec les fabricants d’engrais pour encourager la vente dans les villages de l’engrais conditionné en petits paquets, arguant qu’il vaut mieux vendre peu que ne pas vendre du tout.

A présent, on envisage l’utilisation de pastilles d’engrais et le développement de la technologie d’ensemencement mécanique, afin de réduire la main-d’œuvre nécessaire à l’application de cette technique. La méthode la plus rapide nécessite deux personnes, dont l’une est chargée de faire les trous et l’autre de semer et d’appliquer l’engrais.

‘Nous souhaiterions intensifier nos efforts pour toucher jusqu’à un millions d’agriculteurs en Afrique de l’ouest, du centre et en Afrique australe,’ a déclaré Tabo au reporter de Réseau Sciences et Développement (SciDev.Net).

Des essais du microdosage en champ sont en cours au Niger pour l’arachide, le niébé, le gombo, la tomate ou d’autres légumineuses. Toujours selon Tabo, les résultats définitifs ne seront pas disponibles avant trois ans.

L’état d’avancement du projet sera débattu lors de l’atelier du programme Défi Génération qui se tiendra à Tamale au Ghana au mois de septembre et pendant le Deuxième Forum international sur l’Eau et l’Alimentation prévu à Addis Abeba en Ethiopie, au mois de novembre.

MON COMMENTAIRE (Willem)

Il va de soi que l’ajoute d’une petite dose d’engrais (microdosage) dans un petit trou, rempli d’un peu de fumier ou de compost, dans un sol pauvre doit avoir son effet positif sur la production de biomasse.

Malheureusement, la hausse des rendements agricoles en Afrique ne dépend que de l’apport en éléments minéraux, mais aussi de plusieurs autres facteurs et notamment de l’humidité.  Dans les régions arides et semi-arides, la présence d’un minimum d’eau dans les couches superficielles du sol, jusqu’à une profondeur de 20 à 30 cm, est beaucoup plus important que la présence d’engrais.

Je ne peux que recommander une certaine prudence et le sérieux scientifique nécessaire à tous ceux qui, par leurs publications, soulèvent un peu d’espoir dans lesesprits et les coeurs de la population rurale en zones sèches.

Ceci ne change rien à mon appréciation pour la méthode des zaïs (petits trous) et celle des demis-lunes, ni à celle de l’utilisation d’un conditionneur de sol qui emmagasine l’eau et les engrais dans la zone d’enracinement.  Car sans eau, pas de vie !

Publié par

Willem Van Cotthem

Honorary Professor of Botany, University of Ghent (Belgium). Scientific Consultant for Desertification and Sustainable Development.