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http://www.lemonde.fr/planete/article/2008/10/13/la-crise-ecologique-facteur-croissant-de-migrations_1106131_3244.html

La crise écologique, facteur croissant de migrations

BONN ENVOYÉ SPÉCIAL

Les effets de la crise économique commencent à se faire sentir sur les phénomènes migratoires. Selon l’anthropologue mexicaine Ursula Oswald Spring, « la crise aux Etats-Unis a provoqué, depuis un an, le retour de 200 000 migrants vers le Mexique ». « Et les envois d’argent par les travailleurs migrants, qui constituent la deuxième source de revenus du Mexique, ont baissé de 24 % cet été », ajoute-t-elle. Mme Oswald Spring intervenait lors de la première conférence sur les migrations liées à l’environnement, qui s’est achevée à Bonn, samedi 11 octobre, sous l’égide de l’université des Nations unies. Le contexte économique y était dans tous les esprits. « La récession économique va ralentir la croissance et peut-être éloigner nos esprits de questions moins immédiates, comme le changement climatique, a souligné Theodore Skylakakis, un représentant du ministère grec des affaires étrangères. Nous ne devrions cependant pas oublier ce problème majeur. »

Car les bouleversements écologiques en cours n’en continuent pas moins, et les chercheurs présents à Bonn ont souligné le caractère inéluctable de nouvelles migrations dues à la dégradation environnementale. La projection effectuée il y a quelques années par le biologiste Norman Myers, qui évaluait à 200 millions le nombre de réfugiés climatiques en 2050, reste une valeur guide, qui aboutirait au doublement du nombre actuel des migrants internationaux.

« Ce chiffre est potentiel, nuance Johannes Frühmann, du SERI, un institut de recherche basé à Vienne. Pour savoir s’il se réalisera, il faudrait mieux connaître le rôle des réseaux sociaux, du niveau économique, des facteurs culturels… Nous avons besoin de plus étudier ces questions. » Ce champ de recherche, où se croisent deux domaines qui s’ignoraient, l’environnement et les migrations, reste largement à défricher.

SOLIDARITÉ INTERNATIONALE

Premier constat des experts : le lien entre dégradation environnementale et décision de migrer est encore difficile à établir, hormis quelques cas symboliques mais exceptionnels, comme celui de l’archipel de Tuvalu, dans l’océan Pacifique. « Nous ne sommes pas encore dans une situation où le changement climatique, en tant que facteur unique, force les populations à migrer, observe Fausto Pedrazinni, représentant de l’Otan. Mais il existe des processus complexes où l’environnement a une part. »

(continue)

« L’Europe et l’Afrique ne sont pas des vases communicants », répond un haut fonctionnaire de l’Organisation internationale des migrations. « Il est peu probable que de grandes masses de gens émigrent vers l’Europe, reprend Johannes Frühmann. Voyager à travers le monde est facile pour nous, mais beaucoup plus difficile quand vous gagnez moins d’un dollar par jour. Il faudrait renverser la question : jusqu’à quel point voulons-nous aider les pauvres du monde à faire face ? »

Car ce sont les plus pauvres qui seront les plus vulnérables : « Ils sont coincés, résume François Gemenne, ils ne peuvent pas migrer. » L’enjeu revient au fond au problème lancinant de la solidarité internationale. « On est sur le même bateau, dit Ursula Oswald Spring. On ne peut en sauver une partie en laissant couler l’autre. »

Hervé Kempf

Publié par

Willem Van Cotthem

Honorary Professor of Botany, University of Ghent (Belgium). Scientific Consultant for Desertification and Sustainable Development.