Burkina Faso : Pierre Rabhi : « Cultiver son jardin est un acte politique » (Google / GEO)

Lu au site : Alerte Google – sécheresse

http://www.geo.fr/environnement/actualite-durable/pierre-rabhi-decroissance-sobriete-heureuse-64442

Pierre Rabhi : « Cultiver son jardin est un acte politique »

Pionnier de l’agriculture biologique dans les années 1960, Pierre Rabhi est l’un des théoriciens de la décroissance. Le penseur originaire d’Algérie a exporté avec succès son savoir-faire en agroécologie dans les pays arides d’Afrique. Sa critique de la modernité et du progrès technique le pousse en 2002 à se présenter à l’élection présidentielle en appelant à une insurrection des consciences. Lors d’une conférence à Paris, il a développé sa critique du modèle occidental, expliqué les atouts de l’agriculture biologique dans la lutte contre la faim et analysé son concept de « sobriété heureuse ».

Travail et progrès

« Je suis un petit saharien né en 1938 dans une oasis du sud algérien. La modernité m’est apparue pour la première fois quand les Français se sont mis à exploiter du charbon dans ma région. En devenant ouvrier spécialisé, j’ai pris conscience du besoin d’équité. L’être humain ne doit pas être classé par sa fonction. Le monde du travail ne tient pas compte de l’individu dans sa valeur propre, favorisant au contraire son aliénation en le considérant comme une entité productiviste. L’être humain n’est pas libéré mais incarcéré par le progrès : on travaille dans des boîtes, on sort en boîte, on se rend au travail dans sa caisse, en attendant de finir dans une dernière boîte… »

Retour à la terre

« Mon retour à la terre date de 1961, quand je m’installe dans une ferme des Cévennes ardéchoises, une région en déshérence à cause de l’exode rural. Les banques refusaient de me prêter de l’argent, parce qu’elles ne voulaient pas « m’aider à me suicider. » Pourtant, j’ai vécu 13 ans sans électricité en me portant très bien. C’est le temps où l’on a déclaré la guerre au mode de vie des agriculteurs. Il fallait désormais se déguiser en cosmonaute pour traiter les arbres avec des produits dangereux. La pétrochimie voulait le monopole dans l’agriculture mais aussi en médecine, faisant du médecin non plus un thérapeute mais un simple prescripteur de produits. »

Agroécologie

« J’ai voulu me servir des lois agronomiques pour réconcilier la nécessité de la survie et le besoin de préserver le patrimoine naturel. Au Burkina Faso, suite à la terrible sécheresse de 1981, nous sommes parvenus à stabiliser des sols érodés en apportant des matières organiques. Le succès de nos méthodes a permis la création du premier centre de formation à l’agroécologie en Afrique. Je suis persuadé que l’alimentation ne doit pas voyager, ne doit pas être négociable. Il faut répondre aux besoins avant tout par ses propres moyens. C’est la fameuse histoire du camion de tomates parti de Hollande pour livrer en Espagne qui percute dans la vallée du Rhône un camion de tomates parti d’Espagne pour livrer en Hollande… »

(continue)

Publié par

Willem Van Cotthem

Honorary Professor of Botany, University of Ghent (Belgium). Scientific Consultant for Desertification and Sustainable Development.