Le coût croissant de la nature (Alerte Google / Les Echos)

Lu au site :

Alerte Google – sécheresse

http://www.lesechos.fr/info/energie/4628934.htm

ENVIRONNEMENT – ENERGIE

JEFFREY D. SACHS

Le coût croissant de la nature

Les prix du pétrole et du gaz naturel flambent. Ceux des produits alimentaires atteignent des sommets, infligeant de nouvelles privations à ceux qui souffrent déjà de la pauvreté et créant des écarts de revenus considérables, entre pays, entre zones rurales et urbaines. La forte croissance, surtout en Chine et en Inde, est la principale raison de la hausse des prix des ressources naturelles. La croissance se heurte toutefois aux limites de la disponibilité en terres, en bois, en pétrole et gaz, en eau et autres produits naturels.

La flambée est alarmante, avec une hausse des prix alimentaires de 40 % (en dollars) depuis un an. Le premier facteur de la hausse est une augmentation de la consommation, à nouveau liée à la croissance chinoise. En Chine, la population mange davantage de viande, ce qui nécessite des importations accrues d’aliments pour animaux.

L’augmentation du prix des ressources énergétiques s’est répercutée sur le prix des produits agricoles. Elle a aussi incité les fermiers à cultiver moins pour l’alimentation et davantage pour les carburants. Aux Etats-Unis, 2 des 12 milliards de boisseaux de maïs récoltés pour l’année 2006-2007 ont été transformés en éthanol. Cette part devrait être portée à 3,5 milliards pour l’année 2007-2008. Le maïs pour l’alimentation réduira d’autant.

Cette situation est aggravée par les changements climatiques. Ces deux dernières années, les cultures de blé ont subi une série de désastres liés au climat. La production mondiale est passée de 622 millions de tonnes en 2005-2006 à 593 millions de tonnes en 2006-2007. La récolte de blé en Australie a chuté de 25 à 10 millions de tonnes suite à une grande sécheresse, qui pourrait être liée au changement climatique. La production européenne a également chuté, à cause de pluies torrentielles, un autre signe possible du changement climatique.

Chaque marché influence les autres. Quand le marché du blé est tendu, plus de terres sont consacrées à sa culture, réduisant ainsi la place du soja et du maïs. Une partie de ces céréales étant absorbée par les biocarburants, le marché est encore plus tendu. Tous ces facteurs font flamber les prix.

Aucun organisme international ne s’est encore attaché à évaluer les conséquences de cette flambée. Il est clair pourtant que les subventions importantes des Etats-Unis à la production de maïs et de soja pour les carburants sont une erreur. Elles faussent le marché et font grimper les cours mondiaux. Une autre implication est qu’une coopération mondiale est nécessaire pour développer des technologies écologiques afin de compenser l’épuisement des combustibles fossiles et la conversion de récoltes en carburants. L’énergie solaire a un beau potentiel, mais elle doit bénéficier de subventions plus importantes pour la recherche. On pourrait aussi envisager de produire des biocarburants sur des terres impropres à la culture alimentaire. Il existe des technologies du « charbon propre », mais elles nécessitent des subventions pour réaliser des percées technologiques, notamment sur la capture et le piégeage des émissions de dioxyde de carbone.

Une autre implication est le besoin urgent d’améliorer la productivité agricole dans les pays pauvres, notamment en Afrique, qui doit accomplir sa « révolution verte ». Faute de quoi les plus démunis seront touchés de plein fouet par l’augmentation des prix mondiaux des produits alimentaires. Pour le moment, les dirigeants mondiaux ont plus ou moins ignoré la crise combinée de l’énergie, de l’approvisionnement alimentaire et de l’environnement. Au gré de la fluctuation du prix des matières premières alimentaires et énergétiques, des crises sous-jacentes devraient s’intensifier. Le développement durable passera alors au premier plan des priorités mondiales et nous aurons besoin de dirigeants connaissant les défis posés et prêts à travailler ensemble pour trouver des solutions mondiales.

JEFFREY D. SACHS est professeur et directeur de l’Institut de la Terre à l’université de Columbia (New York).

Publié par

Willem Van Cotthem

Honorary Professor of Botany, University of Ghent (Belgium). Scientific Consultant for Desertification and Sustainable Development.

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